La longueur des manivelles« Donnez-moi un point d’appui et je soulèverai le monde » s'est écrié Archimède en établissant sa théorie du levier. Ce jour là, il a démontré que plus un levier est long et moins il y a d’effort à fournir. Cette règle régit également la longueur de nos manivelles de vélo.
Il y a quelques années encore, la plupart des vélos étaient livrés avec des manivelles d'une longueur de 170 mm, quelque soit la taille du cadre. Ce choix s'inspirait de la hauteur des marches d’escalier de la Grèce antique qui était précisément de cette dimension. Comme cette dernière avait largement fait ses preuves pour tous les gabarits durant de nombreux siècles, on décida de l’employer aussi sur les vélos ! Mais voilà, on était long pour les petits gabarits et court pour les grands. On décida alors de s’éloigner de ce pesant standard à petit pas de 2,5 mm (soit un dixième de pouce). Cependant pour la majorité des fabricants de manivelles, l’amplitude de ces variations s’est cantonnée entre 170 et 175 mm. C’est mieux, mais encore insuffisant pour coller parfaitement aux besoins des utilisateurs. Des progrès restent donc à faire dans ce domaine. Mais au fait, comment choisir sa longueur de manivelle ? L’importance de bien choisir sa longueur de manivellesLa circonférence du cercle – défini par les manivelles – que parcourent les pieds correspond à la foulée du cycliste. Lorsqu’on court à pied, le corps adapte sa foulée d’une part à la morphologie du "jogger" et d’autre part à la nature de l’effort fourni (plat, descente ou montée). A vélo, rien de tout cela ; on vous impose d’emblée une dimension de foulée que vous ne pourrez pas modifier au cours de l’effort. En fait, le seul paramètre modulable est la nature même de l’effort au moyen du dérailleur. Il est donc essentiel de ne pas se tromper lorsqu’on choisit son matériel.
Pour bien choisir sa longueur de manivellesBien sûr il y a une certaine proportionnalité à respecter entre l’entrejambe et la longueur des manivelles. Mais il convient également de tenir compte du style et de la puissance musculaire de l’utilisateur. Il y a quelques décennies, on donnait la règle suivante : 1/5 de l’entrejambe pour obtenir la bonne longueur. Lorsque l’on se situe dans une taille moyenne, cette règle est relativement juste, il n’en est plus de même si l’on tend vers les extrêmes. Ainsi, un "petit" risque d’avoir des manivelles ultra courtes, alors qu’un "grand" aura des leviers très, très longs.
Enfin, et c’est là un point important, il faudra impérativement équiper tous vos vélos (si vous en avez plusieurs) de la même manière. Dans quelle proportion modifier la longueur des manivelles ?
Faut-il modifier sa position après un changement de longueur de manivelles ?Deux écoles cohabitent. La première consiste à modifier les réglages de la hauteur et du recul de selle, afin de compenser l’augmentation, ou la diminution de longueur des manivelles. Si l’on augmente les manivelles de 5 mm par exemple, il faudra donc avancer et baisser la selle de la même valeur afin que le geste cycliste soit le moins perturbé possible. Dans ces conditions, le cercle de rotation des manivelles sera décalé vers l’arrière (+ 10 mm), ce qui ne provoquera aucune modification lors de la descente des pieds (phase importante dans un réglage de position), mais modifiera la phase de remontée en décalant le pied à la fois vers l’arrière (+ 10 mm) et vers le haut (+ 10 mm). Certains mollets n’apprécient pas, mais globalement les tendons ne devraient pas être maltraités pour autant… L’autre solution consiste à ne rien changer du tout au réglage de la selle et à monter la nouvelle dimension de manivelles telle quelle. Si l’on reprend l’exemple précédent, les modifications induites par l’augmentation de 5 mm seront donc équitablement réparties, le pied montera plus haut (+ 5 mm), descendra plus bas (+ 5 mm), sera plus avancé (+ 5 mm) et plus reculé (+ 5 mm). Les tendons seront légèrement plus sollicités, la cheville devra également travailler davantage en extension, mais ce geste s’acquiert relativement vite. Quels sont les effets d'un changement de longueur de manivelles ?Evidemment, si l’on augmente ou si l’on diminue la longueur des manivelles, les effets directement perceptibles diffèrent. Lorsqu’on allonge les leviers, il ne faut pas rêver, le gain de puissance n’est pas immédiat, en revanche on perd assez vite en tours/minute. Sur le plat la différence est peu sensible, elle l’est par contre d'avantage en côte. On ne sait jamais si l’on est trop long ou trop court en braquet ! Les passages assis et en danseuse alternent donc et l’on ne grimpe plus au train mais par des accélérations successives, incessantes, avec fatigue garantie dans les premiers jours ! En réduisant la taille des manivelles, on gagne tout de suite en vélocité, c’est sensible. En revanche, dès que l’on travaille en force, aussi bien sur le plat qu’en côte, on peine nettement plus… et la tentation d’utiliser le dérailleur surgit sans que l’on obtienne gain de cause pour autant.
Quel est le bon moment pour changer la longueur de vos manivelles ?En saison, ce n’est pas l’idéal, loin de là même. Néanmoins si vous êtes amenés à modifier vos longueurs de manivelles, ne commencez pas à travailler en force pour bénéficier au plus vite de l’augmentation des leviers, ou en hyper vélocité pour profiter de leur raccourcissement. Il faut au contraire travailler la propriété inverse pour rétablir "l’équilibre" de votre coup de pédale. Ainsi, si vous montez des manivelles longues, en plus du travail habituel (foncier, fractionné, etc...), vous devrez vous soumettre à des séances de vélocité extrême sur de très petits braquets pour vous "mettre les leviers dans les jambes". A l’inverse, avec de petites manivelles, il faudra travailler en force, notamment lors des sprints et des ascensions. Pour finir, n’oubliez pas que les améliorations obtenues par une modification de longueur des manivelles (puissance ou vélocité) s’exprimeront naturellement avec le temps. Roland Gabillon
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