La sous-utilisation du parc de 200 vélos est expliquée dans l'audit commandé par la Ville (comme dans celui de la Chambre régionale des comptes) par une mauvaise implantation des stations.
(photo : Sophie Spitéri) |
Aix : la chambre des
comptes confirme
le fiasco des V'Hello
Le rapport
souligne une sous-utilisation et un coût trop élevé pour les Aixois
A l'été 2006, Aix s'engageait dans l'aventure des V'Hello.
Le principe ? L'exploitation du mobilier urbain (abribus, panneaux d'affichage,
signalétique
)
est confiée à la société Decaux, qui en exploite le volet publicitaire en
échange de l'installation et de l'entretien d'un parc de 200 vélos en
libre-service dans le centre-ville.
A
cette époque, le dispositif, expérimenté à Paris, Lyon ou Marseille se révèle,
pour les municipalités qui jouent cette carte écolo-tendance,
plutôt gratifiant en terme d'image. Financièrement, c'est une autre histoire.
Un audit commandé par la Ville et publié en février 2009, soulignait déjà la
faible utilisation des vélos et un coût élevé résultant de la décision de lier
marché des V'Hello à celui du mobilier urbain. Un choix "stratégique", assumé par
l'équipe de Maryse Joissains, son premier adjoint
Jean Chorro en tête, s'appuyant sur "le succès d'un tel montage dans
d'autres villes".
Une mise en concurence limitée
Dans
son rapport consacré à la gestion d'Aix et rendu public lundi en conseil
municipal, la chambre régionale des comptes (CRC) ne fait pas dans la dentelle.
Confirmant le coût de 2925 € par vélo et par an, l'étude met en cause "une mise en concurrence limitée ayant
abouti à une absence de négociation du prix des vélos". Et pour cause :
le rapport souligne que "l'estimation
du coût total des prestations est passée à 817 000 €, soit une augmentation de
70,2 % par rapport à la première estimation faite par la Ville ! Ce
qui n'a pourtant pas poussé la municipalité à déclarer l'appel d'offres
infructueux, comme elle aurait pu le faire, ni empêché Decaux, seul en lice, de
remporter le marché.
Une sous-utilisation des vélos
L'analyse
de la CRC est tranchée : "On
constate une sous-utilisation des vélos et donc un niveau de recettes de
location très faible. Cette sous-utilisation est liée à une publicité
insuffisante, à une mauvaise implantation de certaines stations de vélos et aux
difficultés de déplacement dans le centre historique." Et la chambre
régionale des comptes de conclure sans détour qu'une "meilleure analyse des besoins avec une mise en concurrence
séparée du marché de mobilier urbain aurait sans doute permis de mettre en
place un dispositif mieux adapté et moins coûteux. La charge du dispositif V'Hello est davantage
assumée par le contribuable aixois que par l'usager".
Lundi
en conseil municipal, Jean Chorro a bien essayé de
passer le petit braquet pour ramener le coût annuel de chaque vélo à 1 250 €, "lorsqu'on prend en considération les
autres prestations". Mais sans véritablement convaincre, malgré
l'évocation des coûts enregistrés à Marseille (2 626 € par vélo et par an) ou
Nancy (3 040 €). Des villes où, au moins, les vélos sont utilisés
Pour
l'opposition, François-Xavier de Peretti a proposé au maire "de retourner voir Decaux avec le
rapport de la CRC sous le bras pour exiger une renégociation du contrat".
Et le leader du MoDem de poursuivre : "Je ne dis pas qu'il y a eu
arrangement, je dis simplement que sur ce coup-là, Decaux a bien eu la
Ville".
Des actions de relances de l'utilisation des vélos
Maryse Joissains, qui n'a jamais défendu le dispositif avec
trop d'ardeur, a reconnu à demi-mots que la Ville n'avait pas franchement gagné
grand-chose dans l'opération et s'était peut-être fait un tantinet rouler dans
la farine lors de la passation du marché. Dans sa réponse à la CRC, la
député-maire s'est engagée à mettre en place dès cette année "une série d'actions destinées à
relancer l'utilisation des vélos". Avec notamment "l'étude de la réimplantation de certaines stations" ou
encore "la réalisation de nouvelles pistes cyclables dans le cadre du Plan de déplacements urbains de la
communauté d'agglomération". L'avenir et le peloton des Aixois diront
s'il s'agit d'une échappée ou d'une fuite en avant.
Nicolas REY
Avec l'aimable autorisation de La Provence
|